Le récit mythique est d’abord une expression verbale de la pensée, un discours. Il fait partie intégrante de l’ensemble des idées dont une collectivité dispose (use) pour donner un (du) sens au contenu des rapports qui la régissent: rapport de l’Homme à l’Homme et rapport de l’Homme à la nature ou à la surnature. Voici un exemple de récit mythique recueilli chez les Aït Ounzar (Cercle de Khémisset), lors d’une discussion sur les interdits (mariage, violence…) liés ou reliés à la tada: pacte tribal, sacré et redoutable.
Un boucher des Oulad Hamid (Bni H’sen) acheta un jour un mouton à un fellah des Aït Ounzar (Zemmour). Les deux hommes étaient liés par la tada sans le savoir. Le boucher égorgea le mouton et se prépara à le faire rôtir. Mais, stupeur! le mouton se métamorphosa en chien. La nouvelle se répandit sur tout le souk. Le Caïd les fit venir et leur demanda leur tribu d’origine. Ils s’aperçurent alors que la tada existait entre eux.
Que signifie l’événement fantastique ou surnaturel: motif principal du récit? Apparemment un blâme ou un châtiment céleste, une sanction en réplique à l’interdit ou à la règle transgressé(e). Mais de quels interdit et règle s’agit-il exactement? Est-il question de l’acte commercial lui-même ou de l’attitude du vendeur et/ou de l’acheteur? De quoi l’évènement fabuleux est-il le signe réprobateurs. De la vente et de l’achat entre les alliés ou du manquement de ceux-ci à quelque précepte de la conduite à suivre quand les uns sont en relation de commerce avec les autres?
Remarque indispensable: les personnages de ce récit sont tous deux les auteurs de l’opération ou de la relation commerciale et les seuls à y être impliqués. Et pourtant, seul l’acheteur récolte les fruits du malheur et implore l’indulgence du vendeur. C’est lui le coupable, le fautif dans cette affaire. Mais pour qu’il soit jugé et traité de la sorte, il doit nécessairement avoir commis une erreur à l’égard du vendeur. Quel est donc son tort?
Pour mieux comprendre et clarifier la culpabilité de l’acheteur, il sied de prendre en compte le facteur espace. Sur les souks marocains, comme dans tous les marchés du monde, ce sont les acheteurs qui défilent devant les vendeurs et pénètrent dans l’espace où ces derniers accomplissent leur activité, et non l’inverse. Espace qu’il convient de nommer “le territoire du vendeur”, soit une installation en dur, une tente de toile ou une place en plein air.
Ce territoire n’est pas toujours délimité de façon concrète. Dans l’enclos au bétail, par exemple, il n’y a pas de frontière visible entre les territoires respectifs des vendeurs. L’inexistence de démarcation physique ne veut nullement dire absence de la conception de démarcation. Les limites y existent bel et bien, mais sous forme de ligne invisible entourant la zone où chaque vendeur se tient avec ses bêtes et que, suivant les circonstances, il défend farouchement contre (ou partage volontairement avec) un autre vendeur et non pas contre (ou avec) l’acheteur.
Que dit ou fait donc l’acheteur au moment où il entre dans le territoire du vendeur et s’y arrête avec l’intention d’acquérir une marchandise? Il prononce la célèbre formule de salut: as-salâmou âlaykoum, que les Marocains profèrent lorsqu’ils arrivent dans un lieu (magasin, maison ou mosquée) occupé par une ou plusieurs personnes, familière(s) ou inconnue(s). Ce rite oral est une règle de conduite en usage dans toute la société, démonstration de civilité qui s’y laisse facilement observer- surtout, dans les milieux populaires et ruraux. Signe du savoir-vivre mais aussi premier acte (verbal) servent à nouer ou à renouer les contacts humains, cette formule de salut permet l’établissement de la conversation avant tout. Elle en est le prélude, pour ainsi dire. Prélude également à la question consacrée: “D'où es-tu?” qu’on adresse à l’étranger ou à l’inconnu dont on veut connaître l’origine ethnique ou sociale.
Cette question, le pratiquant de la tada est tenu de la poser chaque fois qu’il entre en contact avec un inconnu, et ce en temps opportun. S’il est acheteur, il doit l’adresser au vendeur avant l’acquisition de la marchandise. Dans l’histoire mythique précitée, le personnage en tort (le boucher) ne l’a point formulée. C’est le Caïd qui s’en est chargé, après le drame perçu comme punition. C’est-à -dire après l’achat de l’animal. Là , réside la faute. Ne pas demander à connaître l’origine clanique ou tribale du vendeur, c’est agir dans l’esprit de commerce et demeurer au niveau du rapport mercantile. Esprit et rapport qui, au regard de la sagesse populaire et des valeurs traditionnelles, sont souvent entachés de procédés malhonnêtes tels que l’escroquerie et le mensonge. Toute action, toute parole et toute intention blâmables sont strictement prohibées entre les membres des groupes au pacte.
Mais qu’advient-il quand, survenue à point nommé, la fameuse question (d’où es-tu?) implique une réponse qui révèle l’existence du pacte de tada entre le groupe de l’acheteur et celui du vendeur? L’opération de l’achat-vente peut avoir lieu comme elle ne saurait venir au jour. La possibilité ou l’impossibilité d’établir le lien de la transaction commerciale dépend, sinon entièrement du moins quasiment, du premier dans la mesure où, en découvrant que le second est un allié, il est libre de se décider entre deux solutions: acheter ou repartir. Deux hommes liés par la tada ont le droit d’être acheteur et vendeur l’un pour l’autre, mais à une condition : celle d’observer le sérieux. Est-il en outre obligatoire de proposer à son allié le plus juste prix de la marchandise?
Cette proposition serait une des obligations du commerce interallié si l’échange s’effectuait sans marchandage. Au Maroc et dans d’autres sociétés, marchander était et reste le trait caractéristique du rapport acheteur-vendeur. Car le marchandage, chose méprisable dans certaines cultures, représente plus qu’une simple technique (ou tactique) de commerce pour ceux qui le pratiquent. Il leur procure des intérêts ou profits extracommerciaux : la communication réciproque et le contact interindividuel. Autrement dit, il leur sert de prétexte à l’échange de propos sur les choses de la vie courante.
Du point de vue purement commercial, le marchandage est le corollaire de la pratique de plusieurs prix dont le plus bas passe toujours pour élevé (dans l’optique du client) et, partant, vaut la pleine d’être constamment débattu. Demander un prix fort à son allié n’a rien d’irrégulier. Ce qui est anormal et tenu pour “trahison”, c’est la tromperie. Quand il traite avec un “frère” du pacte, le vendeur ne doit pas falsifier les produits, ni frauder sur le poids et/ou la mesure. Bien davantage : si la marchandise recèle quelque défaut, il est obligé de le lui signaler. L’obligation d’agir en honnête homme pèse également sur l’acheteur. En cas de vente à crédit, celui-ci ne peut faire traîner le remboursement de la dette, encore moins la dénier. Il doit à toute force s’en acquitter dans les délais et non pas des mois après l’échéance.
Le comportement des alliés en tant qu’acheteur et vendeur ne se réduit pas au nombre des impératifs qui viennent d’être évoqués. Ce ne sont là , bien entendu, que des exemples pour illustrer la scrupuleuse honnêteté ou intégrité qu’ils se doivent mutuellement en commerçant les uns avec les autres. Sans doute une observation attentive des gestes accomplis et des mots échangés pendant la transaction, permettra-t-elle de dégager d’autres conduites appartenant au registre des principes moraux et conditions destinés à régir le rapport transactionnel interallié. Des conduites autres que l’observance des préceptes éthiques (droiture, promesse, sérieux, vérité, etc).
Ces préceptes ne sont évidemment pas une affaire commode à observer étroitement. Ils sont de l’ordre des normes et valeurs sociales exposées de façon quasi-permanente à la violation. Et lorsqu’un pratiquant de la tada craint de les transgresser, il opte pour une solution radicale : nul acte d’achat-vente avec les alliés. En se comportant ainsi, il agit suivant sa propre conscience ou vision plutôt que selon les prescriptions du pacte. La tada entretient une méfiance très prononcée vis-à -vis du commerce, mais elle ne l’interdit pas.
Reste à expliquer le pourquoi de l’attachement des gens de tada à la correction en affaires. Faute de quoi, la présente analyse court le risque de se donner des chances de mystifier ou de travestir la réalité du rapport de la tada et du commerce. Dans l’imaginaire du peuple marocain en général et des ruraux en particulier, l’activité commerciale jouit d’une réputation plutôt douteuse. On taxe le commerçant de cupide et de véreux. On le regarde comme étant incapable de se mettre à couvert de l’improbité et de tout ce qui s’y rapporte. La littérature écrite et orale, tout comme l’écriture sainte, regorge de maximes dénonçant et condamnant toute sorte de tricherie dans le commerce. Ces maximes se retrouvent sous diverses formes dans le discours et l’action des alliés. En règle générale, ces derniers les appliquent au pied de la lettre non pas en vue de se préserver de quelque sanction d'origine mystérieuse, mais pour empêcher l’infiltration du corps des règles de la tada par l’esprit de la relation mercantile.
Le rapport commercial et le lien social ne vont pas de pair. Ils fonctionnent à l’instar de deux forces contraires en étroite interaction. Le premier tend à détruire ou à exclure le second pour une raison bien simple : “marcher à plein régime”. Il y arrive forcément. Car les gens n’ont pas besoin d’être alliés, amis ou frères afin d’effectuer un achat ou une vente. Le processus commercial, fondé plutôt sur la circulation des objets et de l’argent que sur le sentiment altruiste des hommes, se passe des relations d’alliance, d’amitié ou de fraternité; il se suffit à lui-même.
Certes, mais y parvient-il sans peine? Tant s’en faut, puisque d’ordinaire toute action envahissante provoque ou rencontre la réaction de la partie envahie. Le lien social réagit contre le rapport marchand dans le but de l’assainir et non de la supprimer. C’est-à -dire pour en réprimer les éléments jugés immoraux et néfastes au fonctionnement ou à l’existence même du lien en question à savoir l’escroquerie, la fraude, le mensonge, etc.. Autant le lien social est personnalité ou vécu comme une relation à caractère fraternel et sacré, autant la résistance ou l’opposition à de tels éléments est énergique.
Voilà somme toute l’une des explications sociologiques (épistémologiques) possibles d’un récit mythique collecté au hasard de la recherche. Récit dont le motif principal ne serait pour l’adepte ou le défenseur du rationalisme étroit qu’un reflet de croyances irrationnelles.
Par Hamou Belghazi
www.liberation.press.ma/
Un boucher des Oulad Hamid (Bni H’sen) acheta un jour un mouton à un fellah des Aït Ounzar (Zemmour). Les deux hommes étaient liés par la tada sans le savoir. Le boucher égorgea le mouton et se prépara à le faire rôtir. Mais, stupeur! le mouton se métamorphosa en chien. La nouvelle se répandit sur tout le souk. Le Caïd les fit venir et leur demanda leur tribu d’origine. Ils s’aperçurent alors que la tada existait entre eux.
Que signifie l’événement fantastique ou surnaturel: motif principal du récit? Apparemment un blâme ou un châtiment céleste, une sanction en réplique à l’interdit ou à la règle transgressé(e). Mais de quels interdit et règle s’agit-il exactement? Est-il question de l’acte commercial lui-même ou de l’attitude du vendeur et/ou de l’acheteur? De quoi l’évènement fabuleux est-il le signe réprobateurs. De la vente et de l’achat entre les alliés ou du manquement de ceux-ci à quelque précepte de la conduite à suivre quand les uns sont en relation de commerce avec les autres?
Remarque indispensable: les personnages de ce récit sont tous deux les auteurs de l’opération ou de la relation commerciale et les seuls à y être impliqués. Et pourtant, seul l’acheteur récolte les fruits du malheur et implore l’indulgence du vendeur. C’est lui le coupable, le fautif dans cette affaire. Mais pour qu’il soit jugé et traité de la sorte, il doit nécessairement avoir commis une erreur à l’égard du vendeur. Quel est donc son tort?
Pour mieux comprendre et clarifier la culpabilité de l’acheteur, il sied de prendre en compte le facteur espace. Sur les souks marocains, comme dans tous les marchés du monde, ce sont les acheteurs qui défilent devant les vendeurs et pénètrent dans l’espace où ces derniers accomplissent leur activité, et non l’inverse. Espace qu’il convient de nommer “le territoire du vendeur”, soit une installation en dur, une tente de toile ou une place en plein air.
Ce territoire n’est pas toujours délimité de façon concrète. Dans l’enclos au bétail, par exemple, il n’y a pas de frontière visible entre les territoires respectifs des vendeurs. L’inexistence de démarcation physique ne veut nullement dire absence de la conception de démarcation. Les limites y existent bel et bien, mais sous forme de ligne invisible entourant la zone où chaque vendeur se tient avec ses bêtes et que, suivant les circonstances, il défend farouchement contre (ou partage volontairement avec) un autre vendeur et non pas contre (ou avec) l’acheteur.
Que dit ou fait donc l’acheteur au moment où il entre dans le territoire du vendeur et s’y arrête avec l’intention d’acquérir une marchandise? Il prononce la célèbre formule de salut: as-salâmou âlaykoum, que les Marocains profèrent lorsqu’ils arrivent dans un lieu (magasin, maison ou mosquée) occupé par une ou plusieurs personnes, familière(s) ou inconnue(s). Ce rite oral est une règle de conduite en usage dans toute la société, démonstration de civilité qui s’y laisse facilement observer- surtout, dans les milieux populaires et ruraux. Signe du savoir-vivre mais aussi premier acte (verbal) servent à nouer ou à renouer les contacts humains, cette formule de salut permet l’établissement de la conversation avant tout. Elle en est le prélude, pour ainsi dire. Prélude également à la question consacrée: “D'où es-tu?” qu’on adresse à l’étranger ou à l’inconnu dont on veut connaître l’origine ethnique ou sociale.
Cette question, le pratiquant de la tada est tenu de la poser chaque fois qu’il entre en contact avec un inconnu, et ce en temps opportun. S’il est acheteur, il doit l’adresser au vendeur avant l’acquisition de la marchandise. Dans l’histoire mythique précitée, le personnage en tort (le boucher) ne l’a point formulée. C’est le Caïd qui s’en est chargé, après le drame perçu comme punition. C’est-à -dire après l’achat de l’animal. Là , réside la faute. Ne pas demander à connaître l’origine clanique ou tribale du vendeur, c’est agir dans l’esprit de commerce et demeurer au niveau du rapport mercantile. Esprit et rapport qui, au regard de la sagesse populaire et des valeurs traditionnelles, sont souvent entachés de procédés malhonnêtes tels que l’escroquerie et le mensonge. Toute action, toute parole et toute intention blâmables sont strictement prohibées entre les membres des groupes au pacte.
Mais qu’advient-il quand, survenue à point nommé, la fameuse question (d’où es-tu?) implique une réponse qui révèle l’existence du pacte de tada entre le groupe de l’acheteur et celui du vendeur? L’opération de l’achat-vente peut avoir lieu comme elle ne saurait venir au jour. La possibilité ou l’impossibilité d’établir le lien de la transaction commerciale dépend, sinon entièrement du moins quasiment, du premier dans la mesure où, en découvrant que le second est un allié, il est libre de se décider entre deux solutions: acheter ou repartir. Deux hommes liés par la tada ont le droit d’être acheteur et vendeur l’un pour l’autre, mais à une condition : celle d’observer le sérieux. Est-il en outre obligatoire de proposer à son allié le plus juste prix de la marchandise?
Cette proposition serait une des obligations du commerce interallié si l’échange s’effectuait sans marchandage. Au Maroc et dans d’autres sociétés, marchander était et reste le trait caractéristique du rapport acheteur-vendeur. Car le marchandage, chose méprisable dans certaines cultures, représente plus qu’une simple technique (ou tactique) de commerce pour ceux qui le pratiquent. Il leur procure des intérêts ou profits extracommerciaux : la communication réciproque et le contact interindividuel. Autrement dit, il leur sert de prétexte à l’échange de propos sur les choses de la vie courante.
Du point de vue purement commercial, le marchandage est le corollaire de la pratique de plusieurs prix dont le plus bas passe toujours pour élevé (dans l’optique du client) et, partant, vaut la pleine d’être constamment débattu. Demander un prix fort à son allié n’a rien d’irrégulier. Ce qui est anormal et tenu pour “trahison”, c’est la tromperie. Quand il traite avec un “frère” du pacte, le vendeur ne doit pas falsifier les produits, ni frauder sur le poids et/ou la mesure. Bien davantage : si la marchandise recèle quelque défaut, il est obligé de le lui signaler. L’obligation d’agir en honnête homme pèse également sur l’acheteur. En cas de vente à crédit, celui-ci ne peut faire traîner le remboursement de la dette, encore moins la dénier. Il doit à toute force s’en acquitter dans les délais et non pas des mois après l’échéance.
Le comportement des alliés en tant qu’acheteur et vendeur ne se réduit pas au nombre des impératifs qui viennent d’être évoqués. Ce ne sont là , bien entendu, que des exemples pour illustrer la scrupuleuse honnêteté ou intégrité qu’ils se doivent mutuellement en commerçant les uns avec les autres. Sans doute une observation attentive des gestes accomplis et des mots échangés pendant la transaction, permettra-t-elle de dégager d’autres conduites appartenant au registre des principes moraux et conditions destinés à régir le rapport transactionnel interallié. Des conduites autres que l’observance des préceptes éthiques (droiture, promesse, sérieux, vérité, etc).
Ces préceptes ne sont évidemment pas une affaire commode à observer étroitement. Ils sont de l’ordre des normes et valeurs sociales exposées de façon quasi-permanente à la violation. Et lorsqu’un pratiquant de la tada craint de les transgresser, il opte pour une solution radicale : nul acte d’achat-vente avec les alliés. En se comportant ainsi, il agit suivant sa propre conscience ou vision plutôt que selon les prescriptions du pacte. La tada entretient une méfiance très prononcée vis-à -vis du commerce, mais elle ne l’interdit pas.
Reste à expliquer le pourquoi de l’attachement des gens de tada à la correction en affaires. Faute de quoi, la présente analyse court le risque de se donner des chances de mystifier ou de travestir la réalité du rapport de la tada et du commerce. Dans l’imaginaire du peuple marocain en général et des ruraux en particulier, l’activité commerciale jouit d’une réputation plutôt douteuse. On taxe le commerçant de cupide et de véreux. On le regarde comme étant incapable de se mettre à couvert de l’improbité et de tout ce qui s’y rapporte. La littérature écrite et orale, tout comme l’écriture sainte, regorge de maximes dénonçant et condamnant toute sorte de tricherie dans le commerce. Ces maximes se retrouvent sous diverses formes dans le discours et l’action des alliés. En règle générale, ces derniers les appliquent au pied de la lettre non pas en vue de se préserver de quelque sanction d'origine mystérieuse, mais pour empêcher l’infiltration du corps des règles de la tada par l’esprit de la relation mercantile.
Le rapport commercial et le lien social ne vont pas de pair. Ils fonctionnent à l’instar de deux forces contraires en étroite interaction. Le premier tend à détruire ou à exclure le second pour une raison bien simple : “marcher à plein régime”. Il y arrive forcément. Car les gens n’ont pas besoin d’être alliés, amis ou frères afin d’effectuer un achat ou une vente. Le processus commercial, fondé plutôt sur la circulation des objets et de l’argent que sur le sentiment altruiste des hommes, se passe des relations d’alliance, d’amitié ou de fraternité; il se suffit à lui-même.
Certes, mais y parvient-il sans peine? Tant s’en faut, puisque d’ordinaire toute action envahissante provoque ou rencontre la réaction de la partie envahie. Le lien social réagit contre le rapport marchand dans le but de l’assainir et non de la supprimer. C’est-à -dire pour en réprimer les éléments jugés immoraux et néfastes au fonctionnement ou à l’existence même du lien en question à savoir l’escroquerie, la fraude, le mensonge, etc.. Autant le lien social est personnalité ou vécu comme une relation à caractère fraternel et sacré, autant la résistance ou l’opposition à de tels éléments est énergique.
Voilà somme toute l’une des explications sociologiques (épistémologiques) possibles d’un récit mythique collecté au hasard de la recherche. Récit dont le motif principal ne serait pour l’adepte ou le défenseur du rationalisme étroit qu’un reflet de croyances irrationnelles.
Par Hamou Belghazi
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