ÉTUDES BERBÈRES : La langue berbère dans la commune mixte de Barika
Il est généralement reconnu que l'arabisation des Amazighs de l'Aurès, les Chawis, s'est accentuée depuis l'indépendance en 1962.
Mais savez-vous que ce génocide linguistique avait bien commencé durant l'époque coloniale?
En effet, à défaut de réussir à " franciser " les Chawis, la France coloniale à contribuer grandement à leur arabisation. On se rappelle de ce que Masqueray a écrit au 19e siècle :
« La conquête française modifia l'organisation berbère de l'Aurès tout entier par secousses et sans règles fixes. ….. Ils parlaient le chaouïa, dialecte du berbère, et nous ne communiquons avec eux qu'au moyen de l'arabe, que nous les obligeons ainsi apprendre. »
« La plupart ignoraient l'arabe. Aujourd'hui les vieillards et les femmes gardent seuls l'usage exclusif de leur langue.
« Tous, avant notre conquête, avaient leurs coutumes spéciales, sortes de Codes analogues à ceux des Kabyles. Nous leur avons imposé les cadis et la loi musulmane en 1866 »
« Aujourd'hui, tous les hommes jeunes se servent de l'arabe dans leurs relations avec nous… »
Les analyses de l'étude d'aujourd'hui convergent, grosso modo, vers celles de Masqueray et d'Odette Keun. L'article attribue l'arabisation de certaines régions aurèsiennes à plusieurs facteurs incluant le système administratif de la France coloniale et ses bureaux arabes de l'époque.
Enfin, notez bien que la région étudiée se distingue par deux caractéristiques importantes :
-        C'est une région limitrophe,
-        La population chawia était très minoritaire (14000 berbérophones contre 58000 arabophones)
Donc ces deux caractéristiques pourraient bien biaiser une généralisation hâtive.
Bonne lecture
-------------------------
ÉTUDES BERBÈRES :
La langue berbère dans la commune mixte de Barika
Par : M. PLAULT
In : Revue africaine, 1946, p. 194-207
La Commune mixte de Barika, située à 1'extrémité orientale du bassin du Hodna, est considérée, le plus souvent, comme exclusivement de langue arabe ; et cela est vrai pour tout le plat pays. Mais les montagnes du Nord et du Nord-Est sont à la pointe Ouest du bloc chaouia.
La Commune de Barika y possède quatre douars qui occupent environ le 1/6 de sa superficie : Gosbat, Ouled Si Sliman, N'gaous, Sefian.
Compte tenu des observations qu'on lira plus loin, voici un tableau des fractions parlant berbère (Voir le tableau page suivante)
(Je produis un sommaire du tableau + qlqs chiffres seulement. Les chiffres selon les statistiques de 1906, celles de1944 et selon le Senatus-Consulte de 1888, pour chacune des fractions, ne sont pas produits, ndlr)
1) Douar Gosbat : (3004 individus en 1888 )
- Tribu des Ouled ali ben Sabor. Ses fractions: Khandeg, Kaf Hmau, Ghanua, Gosbat, Oued Louar
2) Douar Ouled Si Sliman : ( 2034 berbérophones contre 257 arabophones)
- Tribu des Ouled Si Sliman. Ses fractions: Tabeqqart, Tirfain, Hammam, Mesdour
- Tribu des Ouled Rebah. Ses fractions: Ouled Moussa, Ouled Ali Ben Moussa.
3) Douar NÂ’gaous : (717 contre 2065 arabophones)
- Tribu des Ouled Taleb. Ses fractions sont: Ouled Abdelouahad, Ouled Bouradi, Ouled Bouharkat, Ouled Djabala,
- Tribu des Ouled Rebah, Ses fractions : Ouled Messaoud, Ouled Menaa, Laghbech
4) Douar Sefian : (1043 contre 551 arabophones)
- Tribu des Ouled Soltan. Ses fractions : Tifrent, Rouaget
- Tribu des Ouled Luifi . Sa fraction : Sefian.
On remarque tout de suite un accroissement de la population : de 1888 à 1944, les berbérophones - ou censés tels- passent de 7068 à 13568, soit un gain de 6500 unités, tandis que les arabophones progressent, eux aussi, de 2309 unités ( de 2873 à 5182) . Reste à savoir s'il faut accorder beaucoup de créance aux statistiques et mesurer l’importance d'une langue au nombre de personnes qui l’emploient ou d'après l'usage qu'elles en font.
Quoi qu'il en soit, mettons, qu'aujourd'hui, dans la Commune mixte, 19 % de la population, c'est-à -dire tout au plus 14000 individus, isolés inclus, parlent berbère en face de 58000 parlant arabe.
On constate ensuite que le douar Gosbat est entièrement berbérophone. La grande voie caravanière de Biskra à Sétif par le col de Ghania où défilent Ouled Zekri, Amour, Ouled Naïl, Souama, n'a donc eu, linguistiquement aucune influence.
Ailleurs, l’arabe s'est infiltré et a conquis des mechtas entières ....
(Ã suivre)
Il est généralement reconnu que l'arabisation des Amazighs de l'Aurès, les Chawis, s'est accentuée depuis l'indépendance en 1962.
Mais savez-vous que ce génocide linguistique avait bien commencé durant l'époque coloniale?
En effet, à défaut de réussir à " franciser " les Chawis, la France coloniale à contribuer grandement à leur arabisation. On se rappelle de ce que Masqueray a écrit au 19e siècle :
« La conquête française modifia l'organisation berbère de l'Aurès tout entier par secousses et sans règles fixes. ….. Ils parlaient le chaouïa, dialecte du berbère, et nous ne communiquons avec eux qu'au moyen de l'arabe, que nous les obligeons ainsi apprendre. »
« La plupart ignoraient l'arabe. Aujourd'hui les vieillards et les femmes gardent seuls l'usage exclusif de leur langue.
« Tous, avant notre conquête, avaient leurs coutumes spéciales, sortes de Codes analogues à ceux des Kabyles. Nous leur avons imposé les cadis et la loi musulmane en 1866 »
« Aujourd'hui, tous les hommes jeunes se servent de l'arabe dans leurs relations avec nous… »
Les analyses de l'étude d'aujourd'hui convergent, grosso modo, vers celles de Masqueray et d'Odette Keun. L'article attribue l'arabisation de certaines régions aurèsiennes à plusieurs facteurs incluant le système administratif de la France coloniale et ses bureaux arabes de l'époque.
Enfin, notez bien que la région étudiée se distingue par deux caractéristiques importantes :
-        C'est une région limitrophe,
-        La population chawia était très minoritaire (14000 berbérophones contre 58000 arabophones)
Donc ces deux caractéristiques pourraient bien biaiser une généralisation hâtive.
Bonne lecture
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ÉTUDES BERBÈRES :
La langue berbère dans la commune mixte de Barika
Par : M. PLAULT
In : Revue africaine, 1946, p. 194-207
La Commune mixte de Barika, située à 1'extrémité orientale du bassin du Hodna, est considérée, le plus souvent, comme exclusivement de langue arabe ; et cela est vrai pour tout le plat pays. Mais les montagnes du Nord et du Nord-Est sont à la pointe Ouest du bloc chaouia.
La Commune de Barika y possède quatre douars qui occupent environ le 1/6 de sa superficie : Gosbat, Ouled Si Sliman, N'gaous, Sefian.
Compte tenu des observations qu'on lira plus loin, voici un tableau des fractions parlant berbère (Voir le tableau page suivante)
(Je produis un sommaire du tableau + qlqs chiffres seulement. Les chiffres selon les statistiques de 1906, celles de1944 et selon le Senatus-Consulte de 1888, pour chacune des fractions, ne sont pas produits, ndlr)
1) Douar Gosbat : (3004 individus en 1888 )
- Tribu des Ouled ali ben Sabor. Ses fractions: Khandeg, Kaf Hmau, Ghanua, Gosbat, Oued Louar
2) Douar Ouled Si Sliman : ( 2034 berbérophones contre 257 arabophones)
- Tribu des Ouled Si Sliman. Ses fractions: Tabeqqart, Tirfain, Hammam, Mesdour
- Tribu des Ouled Rebah. Ses fractions: Ouled Moussa, Ouled Ali Ben Moussa.
3) Douar NÂ’gaous : (717 contre 2065 arabophones)
- Tribu des Ouled Taleb. Ses fractions sont: Ouled Abdelouahad, Ouled Bouradi, Ouled Bouharkat, Ouled Djabala,
- Tribu des Ouled Rebah, Ses fractions : Ouled Messaoud, Ouled Menaa, Laghbech
4) Douar Sefian : (1043 contre 551 arabophones)
- Tribu des Ouled Soltan. Ses fractions : Tifrent, Rouaget
- Tribu des Ouled Luifi . Sa fraction : Sefian.
On remarque tout de suite un accroissement de la population : de 1888 à 1944, les berbérophones - ou censés tels- passent de 7068 à 13568, soit un gain de 6500 unités, tandis que les arabophones progressent, eux aussi, de 2309 unités ( de 2873 à 5182) . Reste à savoir s'il faut accorder beaucoup de créance aux statistiques et mesurer l’importance d'une langue au nombre de personnes qui l’emploient ou d'après l'usage qu'elles en font.
Quoi qu'il en soit, mettons, qu'aujourd'hui, dans la Commune mixte, 19 % de la population, c'est-à -dire tout au plus 14000 individus, isolés inclus, parlent berbère en face de 58000 parlant arabe.
On constate ensuite que le douar Gosbat est entièrement berbérophone. La grande voie caravanière de Biskra à Sétif par le col de Ghania où défilent Ouled Zekri, Amour, Ouled Naïl, Souama, n'a donc eu, linguistiquement aucune influence.
Ailleurs, l’arabe s'est infiltré et a conquis des mechtas entières ....
(Ã suivre)
