LAC TUMBA, Congo-Kinshasa (AP) - "Ils ne sont pas conscients de la valeur de leurs arbres"... Pauvres et peu instruits, les pygmées du Congo-Kinshasa sont bien mal préparés à défendre leurs intérêts face aux exploitants forestiers, à qui ils sont prêts à céder leur forêt pour une bouchée de pain.
Le chef pygmée Mbomba Bokenu se dit prêt à laisser les compagnies forestières couper les arbres de son peuple en échange de... savon et de quelques sacs de sel. "Les pygmées souffrent, nous acceptons ce qu'on nous donne", dit-il, drapé dans une peau de civette, un bouclier en bois sculpté à la main. "Nos enfants vivent dans la saleté, ils souffrent de maladie. Le savon et le sel signifient beaucoup pour nous."
Logiquement, les pygmées devraient désormais demander beaucoup plus, en vertu d'un projet de loi destiné à garantir que les communautés des forêts bénéficient de la richesse de leur environnement. Mais on peut légitimement se demander si ce peuple pauvre, analphabète et victime depuis des années de la négligence des autorités et de discrimination, saura se saisir de cette loi.
"Des gens qui n'ont pas d'argent pour se vêtir ne sont pas en mesure d'appliquer le code forestier d'une manière raisonnable", souligne Richard Mboyo, chef anthropologue au Centre pour l'écologie et la forêt de RDC.
"Certaines tribus sont confrontées au monde moderne pour la première fois. Ils ne sont pas conscients de la valeur de leurs arbres", ajoute le chercheur, qui étudie depuis vingt ans les populations des forêts.
Depuis la guerre dans l'ex-Zaïre (1998-2002) qui a laissé l'économie du pays exsangue, les entreprises privées reviennent, attirées par une vaste forêt équatoriale encore largement intacte. La République démocratique du Congo (RDC) possède 128 millions d'hectares de bois précieux, soit la deuxième plus grande superficie mondiale de forêt tropicale et la moitié du total de l'Afrique.
Le chef Bokenu sait que des membres de l'ethnie bantoue, plus instruite et occidentalisée, ont obtenu la construction d'hôpitaux en échange de l'exploitation de leurs arbres. Mais selon lui, les pygmées ne sont pas "suffisamment éduqués pour demander des hôpitaux et des écoles".
M. Mboyo estime qu'il faudrait des années de travail pour enseigner aux pygmées leurs droits et la manière d'utiliser la loi. Ce qui supposerait au préalable de reconstruire les infrastructures du pays et de pénétrer au coeur d'épaisses forêts. Si les pygmées renoncent à leurs forêts pour du savon et du sel, les autorités risquent d'être dans l'incapacité de les protéger, même si elles le veulent.
En vertu de la législation actuelle, applicable jusqu'à l'entrée en vigueur du nouveau code forestier, les compagnies, pour l'instant essentiellement congolaises, achètent des permis d'exploitation à Kinshasa sans que les populations locales soient consultées. Par le passé, les revenus de ces permis ont peu bénéficié aux habitants des forêts.
Le nouveau code, qui devrait être mis en oeuvre cette année, stipule que 15% de ces revenus doivent être versés aux communautés locales affectées par l'exploitation forestière. Le texte, soutenu par la Banque mondiale, contraint également les compagnies à négocier avec les populations locales.
Les exploitants forestiers sont opposés au nouveau code, estimant qu'il leur impose un fardeau que devrait incomber aux autorités. "On ne peut attendre des compagnies qu'elles fassent des écoles et des routes pour les gens", déclare Florentin Kage, président d'une association défendant l'industrie forestière de RDC. "C'est la responsabilité de l'Etat."
Loin de ces considérations, les pygmées se préparent à se renoncer aux forêts sacrées de leurs ancêtres. "Je dirai à l'esprit de la forêt que ses arbres doivent être abattus pour que son peuple puisse survivre", déclare le chef Bokenu.
Le chef pygmée Mbomba Bokenu se dit prêt à laisser les compagnies forestières couper les arbres de son peuple en échange de... savon et de quelques sacs de sel. "Les pygmées souffrent, nous acceptons ce qu'on nous donne", dit-il, drapé dans une peau de civette, un bouclier en bois sculpté à la main. "Nos enfants vivent dans la saleté, ils souffrent de maladie. Le savon et le sel signifient beaucoup pour nous."
Logiquement, les pygmées devraient désormais demander beaucoup plus, en vertu d'un projet de loi destiné à garantir que les communautés des forêts bénéficient de la richesse de leur environnement. Mais on peut légitimement se demander si ce peuple pauvre, analphabète et victime depuis des années de la négligence des autorités et de discrimination, saura se saisir de cette loi.
"Des gens qui n'ont pas d'argent pour se vêtir ne sont pas en mesure d'appliquer le code forestier d'une manière raisonnable", souligne Richard Mboyo, chef anthropologue au Centre pour l'écologie et la forêt de RDC.
"Certaines tribus sont confrontées au monde moderne pour la première fois. Ils ne sont pas conscients de la valeur de leurs arbres", ajoute le chercheur, qui étudie depuis vingt ans les populations des forêts.
Depuis la guerre dans l'ex-Zaïre (1998-2002) qui a laissé l'économie du pays exsangue, les entreprises privées reviennent, attirées par une vaste forêt équatoriale encore largement intacte. La République démocratique du Congo (RDC) possède 128 millions d'hectares de bois précieux, soit la deuxième plus grande superficie mondiale de forêt tropicale et la moitié du total de l'Afrique.
Le chef Bokenu sait que des membres de l'ethnie bantoue, plus instruite et occidentalisée, ont obtenu la construction d'hôpitaux en échange de l'exploitation de leurs arbres. Mais selon lui, les pygmées ne sont pas "suffisamment éduqués pour demander des hôpitaux et des écoles".
M. Mboyo estime qu'il faudrait des années de travail pour enseigner aux pygmées leurs droits et la manière d'utiliser la loi. Ce qui supposerait au préalable de reconstruire les infrastructures du pays et de pénétrer au coeur d'épaisses forêts. Si les pygmées renoncent à leurs forêts pour du savon et du sel, les autorités risquent d'être dans l'incapacité de les protéger, même si elles le veulent.
En vertu de la législation actuelle, applicable jusqu'à l'entrée en vigueur du nouveau code forestier, les compagnies, pour l'instant essentiellement congolaises, achètent des permis d'exploitation à Kinshasa sans que les populations locales soient consultées. Par le passé, les revenus de ces permis ont peu bénéficié aux habitants des forêts.
Le nouveau code, qui devrait être mis en oeuvre cette année, stipule que 15% de ces revenus doivent être versés aux communautés locales affectées par l'exploitation forestière. Le texte, soutenu par la Banque mondiale, contraint également les compagnies à négocier avec les populations locales.
Les exploitants forestiers sont opposés au nouveau code, estimant qu'il leur impose un fardeau que devrait incomber aux autorités. "On ne peut attendre des compagnies qu'elles fassent des écoles et des routes pour les gens", déclare Florentin Kage, président d'une association défendant l'industrie forestière de RDC. "C'est la responsabilité de l'Etat."
Loin de ces considérations, les pygmées se préparent à se renoncer aux forêts sacrées de leurs ancêtres. "Je dirai à l'esprit de la forêt que ses arbres doivent être abattus pour que son peuple puisse survivre", déclare le chef Bokenu.
