
Écrire la darija, lenseigner, lutiliser pour faciliter lalphabétisation, permettre aux gens du terroir daccéder avec plus de facilité au monde de lécrit, donner aux étrangers les codes de la langue usuelle. Voici en gros les objectifs affichés dElena Prentice, qui vient de publier deux manuels, Yallah naqraw (Allons apprendre à lire), lun pour enfants et lautre pour adultes.
La différence est que le premier est conçu pour aider les petits, en phase pré-scolaire, à appréhender la langue arabe. Comme prévu par la charte de la COSEF, la langue maternelle devrait servir de "premier palier dapprentissage" et la darija en est une. Le second manuel, quant à lui, est adressé principalement aux formateurs de lenseignement parallèle, qui
sillonnent les campagnes pour lutter contre lillettrisme, ainsi quaux enseignants bénévoles qui aident les étrangers à mieux parler la langue du terroir.
Le fait que cette initiative soit luvre dune étrangère, passionnée de la darija, hors de tout circuit officiel, nest pas surprenant. Dabord, les seuls manuels qui circulaient jusque-là, "Tarbouch et Maticha", étaient concoctés avec laide dImane Zerouali, par Ruth Grosrichard, directrice du centre détudes arabes, dépendant de lambassade de France. Ensuite, la darija, quoique prévue comme langue dapprentissage dans le pré-scolaire, est bannie du ministère de lÉducation nationale qui a du mal à la considérer comme notre "langue nationale". Alors quelle lest, par la force des choses.
Enfin, la darija, quoique outil de création de plus en plus prisé, nest prise au sérieux sur le plan académique que par des étrangers, comme Dominique Caubet. Cette dernière détient une chaire de langues maghrébines aux Langues O et vient de publier un recueil dinterviews avec des artistes et humoristes, dont le premier matériau est la darija, Les mots du bled. Alors, jusquà quand la darija restera étrangère chez elle ?
