Je viens tout juste d’écouter un conte chawi se trouvant sur Youtube.

Selon plusieurs études il s’agit d’un conte pan-berbère signalé dans diverses régions de la Tamzgha :  en Kabylie, en Aurès, à  Nefousa, etc.
Une partie de ce conte a été déjà étudiée et analysée par la sociologue Fanny Colona, lors de son travail sur les « bazinas » de l'Ighzer n Abdi et de l'Ighzer Azeggwagh. Dans cette région des Aurès le conte est connu sous le nom de " At yendel " au lieu de "At yesref ". Voici un EXTRAIT de cette étude (1)  (qui explique aussi le lien entre les deux noms)

 Bonne lecture

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[... (b) Une légende à propos des sépultures (qui n'ont pas de nom spécifique ici); les tombes sont des maisons; ce sont des maisons d'hommes que localement on appelle bu-yendel, c'est-à-dire Vandales ( 2), mais en l'occurrence pas du tout de vrais Vandales et les gens en sont très conscients, ni des Romains, puisque l'on identifie très bien les vestiges romains, ni des Berbères, ni évidemment des Arabes; c'étaient des gens qui n'étaient rien de tout cela. Alors on dit bu-yendel.

Ces gens n'étaient pas musulmans et ne croyaient pas dans la providence divine, précise-t-on. Ils ne savaient pas vivre en société, c'est pourquoi les tombes  sont loin les unes des autres.
Quand arrivait une famine, l'homme et ses enfants se couchaient, l'homme sciait le piller central de la maison et s'ensevelissait vivant avec sa famille. Il y aurait évidemment beaucoup à dire à ce propos.

Je passe sur la fin de légende où on voit comment, à un moment donné, un homme providentiel apprend aux hommes à  vivre en société. Pour être précise, je dois dire que ce texte, recueilli en 1977 sur les lieux mêmes, n'est pas unique; il n'est pas propre à l'Aurès; on le rencontre ailleurs, en Kabylie au moins; le Capitaine Devaux en donne une version, dans son ouvrage les Kabyles du Djurdjura ou Etude sur la Grande Kaby/ie.

Donc, extension pan-algérienne et probablement pan-berbère ;  par ailleurs, grande permanence dans le temps. Ceci dit, le texte de 1977 me paraît plus riche, contenir plus de choses que dans celui donné par Devaux; un siècle après, les paysans, et ce serait intéressant d'en faire une longue analyse, ont plus de choses à dire et d'une manière plus construite, sur la sédentarité, peut-être parce qu'il y a actuellement une surdétermination de la sédentarité en Algérie. Autrement dit, on a là l'usage d'un lexique qui paraît pan-berbère et très ancien avec une syntaxe locale et actuelle pour expliquer ce que c'est que la civilisation aux yeux du groupe qui s'exprime. .......

(d) La transition entre la légende qui précède et le discours de fondation se fait très bien, du moins d'une manière très intéressante, par les matmora (tiserfin, ndlr) ; l’informateur dit: « si tu lis sur le sol, tu ne vois pas seulement les tombes rondes, tu vois aussi les matmora (c'est-à-dire les silos) et tu vois bien , les uns nous ont laissé « ça » (les tombes), les autres nous ont laissé les silos » ;  il y a bien une assimilation entre tous ces gens qui n'ont été capables que de laisser des trous dans le sol, des gens qui ne sont pas du tout perçus comme des ancêtres, ni même des précurseurs. On sait en effet que le groupe qui est là est arrivé au XVIe siècle ;  il est clair que les constructeurs de bazina ou de silos ne sont pas les ancêtres…] 

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 Notes :

(1) L'extrait est tiré de : Fanny Colona, « Discours sur le nom: identité , altérité»  in La communauté en méditerranée: actes de la table ronde de Marseille 28-30 mai 1980 . D'ailleurs voici l'introduction de cette étude:

Ce texte est une tentative  pour montrer comment, à travers l'imposition du nom, et a travers le discours sur le nom, c'est-à-d ire les étymologies populaires, on peut saisir un travail du groupe sur lui même, c'est-à-dire comment le discours sur le nom et l'identité fait partie du travail social par lequel le groupe se constitue et constitue son environnement.

(2) À  ma connaissance At-yendel ou Bu yendel ne signifie pas "les Vandales" , car en plus du contexte du conte, ce nom peut avoir une racine connune avec : endel (enterrer), andal ( enterrement), timendelt ( cimetière),  andel - anil ( tombe)(Pour les Berbères qui ont substitué les termes amazighs précédents  par des emprunts arabes, ce sont  les synonymes de: aqbur, timeqbert, etc). Par conséquent,  At-yendel  signifie : ceux des sépultures.