Inscription d’Arris en l’honneur de Masties

L’historien Jérôme Carcopino a contribué à l’enrichissement de la bibliographie auurésienne par plusieurs textes, notamment par ses articles sur l’inscription de Masties. En fait, il fut le premier à étudier l’inscription en question. Ses premières analyses ont été publiées sous forme d’un communiqué paru en 1943 dans l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres. Voici le compte-rendu de cette étude, et Bonne Lecture

J. Carcopino & L. Leschi, « Inscription d’Arris (Aurès) en l’honneur de Masties  », Comptes-rendus des séances de  l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, V.1, 1944, pp. 13-14

-------------------------------------

L’auteur M. Jérôme Carcopino, en son nom et au nom de M. Louis Leschi, Directeur des Antiquités de l'Algérie, communique à l'Académie une inscription qu'il a copiée au Musée Stéphane Gsell à Alger, au cours de son inspection de mai-juin 1942, et qui, en provenance des environs d'Arris, dans l'Aurès, où elle avait été trouvée quelques mois auparavant, présente le plus grand intérêt, non seulement pour l'histoire de celte région, mais pour celle de l'Afrique du Nord tout entière, aux époques vandale et byzantine.

Il s'agit, non d'une épitaphe, mais d'un elogium, gravé par Vartaia et ses frères — Ego Vartaia hunc edificium cutn fra trib(us) meis feci (1. — à la louange d'un chef inconnu par ailleurs, Masties, qui, dux ann(oram) txvii et imp(e)r(ator) ann(orum) xl, (1. 1-2) est censé avoir rédigé lui-même ce pané­gyrique de son action :

Ego Masties... qui numquam periuravi neque fide(m) fregi neque de Romanos neque de Mauros et in bellu (sic) parui el in pace et adversus facta meia sic mecu{m) Deus egit bene  (1.27)

Masties était chrétien, et n'a pu appartenir qu'au Bas-Empire.
Par l'étude de la paléographie, des abréviations, des formes verbales de l'inscription, M. Jérôme Carcopino démontre que le texte se place entre le dernier quart du Ve siècle et le début du deuxième tiers du VIe siècle de notre ère.

Dans Vartaia, il reconnaît l'Ortaias que nomme Procope parmi les seigneurs «Maures» qui s'allièrent au général byzantin Solomon en 535 et se retournèrent contre lui eu 536 ; et par voie de conséquence, dans l'inconnu Masties, un dux du Limes Zabensis contigu à l'Aurès. Ce Masties se serait, en opposition aux Vandales, proclamé imp(e)r(ator), après la déposition du dernier empereur d'Occident, Romulus Augustule, en 476. On doit déduire de là qu'il avait reçu le titre de dux de Valentinien III en 449, et que son elogium a été gravé par les soins de Vartaia, trop heureux de pouvoir en revendiquer l'exemple, peu après sa mort survenue en 5I6.

Quand les Byzantins, restaurant l'Empire en Afrique du Nord, eurent reconquis 1’Aurès en 539, ils ne détruisirent pas le monument érigé par Vartaia, en hommage à la mémoire de feu Masties, inflexiblement fidèle à l'idée romaine et aux formes du gouvernement impérial ; mais ils y firent ajouter une ligne qui ridiculisait le traître Vartaia, par une brève addition qui soulignait aussi bien l'indigence de ses monuments que celle de son latin :

in quod erogavit (denarios) centu(m) (1.9)

M. Jacques ZEILLER observe que l'exemple n'est pas unique d'une usurpation du titre impérial par un indigène de l'Afrique du Nord. Firmus aussi s'était proclamé empereur, mais, au contraire de Vartaia, en insurgé contre l'Empire.

-------------------------------------


Edited 3 times by awras Feb 23 12 5:07 PM.