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Oct 30 10 9:05 PM
I - Toponymie botanique (suite II)
L’une des méthodes infaillibles utilisée pour la localisation des eaux souterraines, dans les régions arides, est la recherce d'un "certain type" de plantes à la surface du terrain d’exploration. Ces plantes ou ces végétaux- détecteurs de nappes phréatiques sont regroupés par les hydrologues dans une classe nommée « les phreatophytes » (1) . Ces plantes n’existent que si leurs racines peuvent atteindre la nappe phréatique, donc elles n’indiquent pas seulement la présence d'eau souterraine, mais aussi la qualité et la profondeur approximative des aquifères sous la surface. Par exemple, dans les régions arides, les salicacées (saule et peuplier) signifient généralement qu’une bonne eau est disponible à moins de 7 m de la surface; pour les typhacées et les joncacées, elle se situe à moins de 1 mètre; etc.
Bref, voici 3 plantes phreatophytes qui sont à la base de quelques noms de lieux aurèsiens : Azlef, Ulman, Tibuda.
6- Tibuda (en transcription française : Thiboudha): c’est le nom de la massette, quenouille (Typha L. ) Plusieurs toponymes, en Aurès et à travers la Tamazgha, ont emprunté leurs dénominations à cette plante. Exemples :- Tibuda ( thiboudha) : c’est le nom d’une région en Ighzer azeggwagh. Même si cette plante ne pousse plus dans cet endroit, il n’en demeure que plusieurs nappes phréatiques y ont été découvertes et exploitées, par forage, pour l’approvisionnement en eau potable et pour l’agriculture. - Tala n Buda (Thala n’Boudha) : ruines roumaines situées sur le flanc sud-est d’Ich n Yedguel (forêt des Brajas –Beni Melloul) (2) .- Oued Tibuda (Tibouda) : Maroc
7- Azlef/ azlaf : M. Gustave Mercier identifie cette variété de jonc par le nom scientifique Juncus maritimus. Il mentionne aussi son lien avec le toponyme de Aïn Tazleft. (Voy. son article dans l’un des messages précédents) On peut y ajouter le toponyme « malou azlaf / malu azlef », un hameau de 500 habitants dans la région de Menaa .
8- Ulman (en transcription française : Oulmène) : c’est une variété de jonc. Dans centaines régions auresiennes, la plante est signalée comme étant le synonyme de Azlef . Dans d’autres, on fait bien la distinction entre les deux, entre Azlef et Ulman, car on a recensé plus de 20 variétés de jonc en Algérie (3). L’étymologie du vocable Ulman ( ul + aman = cœur de la nappe phréatique / eau) laisse penser que les Auresiens et les Berbères en général utilisent cette plante comme indice de localisation et de détection des eaux souterraines.Enfin, plusieurs toponymes auresiens portent ce nom, allant de ceux des jardins situés aux bords des rivières et dans les lieux humides jusqu’aux noms des communes, exemples: Oulmène, Oued Oulmène, Henchir Oulmene, Mechta Râs Oulmene, Ain Oulmène, etc. ----------------------------------
Références :1) Helen L. Cannon, « The Use of Plant Indicators in Ground Water Surveys, Geologic Mapping, and Mineral Prospecting », Taxon, V.20, 1971, pp. 227-256 2) Abdelmalek Nasraoui, « Les vestiges romains dans l’Aurès profond : témoins d’un important brassage de cultures romaine et berbère », in Identités et culture dans l'Algérie antique, 2005, pp. 293-304 3) Quezel & Santa, Nouvelle flore de l’Algerie, 1962, pp.182-188 4) Divers liens : - Livres et articles berbères à télécharger (Cf les URLs No. 34, 35A et 35B), - Amazigh toponymy, - Chaînes de l’Atlas.
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