Commentaires relatifs à l’article de Gustave  Mercier « Noms des plantes en chaouia de l'Aouras » 

 Il est utile de contribuer à l’enrichissement de cette étude en soulignant, tout simplement,  d’autres vocables botaniques qui rentrent dans la toponymie auresienne ou qui sont des synonymes des plantes mentionnées par l’auteur. On peut même y ajouter des essais étymologiques.


I - Toponymie botanique

M. Mercier cite une dizaine de noms de lieux empruntés au règne végétal aurèsien, en voici d’autres qui pourraient enrichir ce "lexique" toponymique. 

1- Maghay: le livre « Tarikh al-Awras » identifie cette plante sous le nom de « Tay el Djebel » (1). En fait, ce nom s’applique à plusieurs espèces de « Paronychiées » qui poussent dans les régions aurèsiennes (2)
En Algérie, on a recensé au moins 6 variétés et une dizaine de sous- espèces, d’où les divers noms  comme: 
Tay el Djabel (Thé de la montagne),  Tay el-Areb (Thé des Arabes, Thé arabe), Tay Achebi (Thé herbacé), Frach el Ar  (trad.: couverture, tapis du sol),  Bia el-Ar, Kersha, etc.
Enfin, les botanistes Maire et Weiller précisent en disant que la plante des montagnes et des plateaux constantinois, des Babors à l’Aurès, est l’espèce connue sous le nom de  « Paronychia aurasiaca » (3).                                                                        

Deux remarques toponymiques s’imposent :

  1. L’un des noms arabes de cette plante est "Krisha" ou "kersha". Peut-on donc  l’associer à la toponymie de Aïn Kercha?
  2. On sait que l’étude de Mercier rattache le nom « Baghaï » à celui de «Tabgha, ronce», mais  les faits suivants peuvent bien remettre en question cette hypothèse. Du moins, elle ne sera plus considérée comme une certitude.

                                                               i.            La plante  Paronychia est très abondante dans la région de Baghaï (beaucoup plus que la ronce)

                                                             ii.            La présentation phonique de Baghay  est quasi semblable à celle de Maghay  (aucune convergence vers celle de Tabgha )

                                                            iii.           Les  permutations des lettres  "B " et "M "  sont très fréquentes en berbère, depuis l’antiquité jusqu’aujourd’hui. Des exemples comme   Megrda – Bejrada; Amigas - Abigas; Tibermacine – Timermacine; Moha (med)-Boha (med); Bes3a(oud) - Mes3a(oud) peuvent être extrapolés à Maghay-Baghay!

 

2- Tameriṭṭ, Timera: C’est le nom d’une vérité de menthe.  Sa prononciation diffère légèrement d’une région à une autre.
Chez Ounissi, cette plante est signalée sous le nom de - Tamerut. Cependant, l’auteur ne l’a pas identifiée comme telle, ni par son nom scientifique ni par ses noms communs.
On la trouve aussi dans le dictionnaire du Père G. Huyghe, page 225:  himersad = menthe.
Quant au Dr Jean Clastrier, qui a effectué ses recherches dans la région de Ghoufi,  il la rapporte, à la page 117 de sa thèse,  sous le nom chawi de  Tamersout ainsi que sous le nom scientifique de  Mentha rotundifolia L. (Puisque sa thèse a été publiée dans les Archives de l'Institut Pasteur d'Algérie de 1936, alors vous pouvez consulter ce lien)
Dans plusieurs régions de l’Aurès et de l’Algérie, la plante est associée à la pâte afin d'aromatiser le pain et de rehausser son goût. Ce dernier porte le nom berbère de Timariin, en arabe le pain ḍomran (4)

Dans les régions arabophones le nom de cette plante est devenu: Marsit, Morsot, etc.

Bref, aujourd’hui il ne reste de la région berbérophone, Tamerit / Tamerut,  qu’un nom transformé en « Morsott », à peine reconnaissable et  rattachable à sa racine amazigh. De plus, la région est quasi arabisée (5)


Réf. :

(1) Tarikh el Awras, page 26

(2)  l’article de  M. Cosson énumère  4 variétés de paronychiées des Aurès, à savoir :
- Paronychia argentea (signalée dans la région de Menâa),
- Paronychia nivea (région de Chir - Haidous),
- Paronychia serpyllifolia  (Tlets, Dj Mahamel)
- Paronychia aurasiaca (Dj Mahmel, Dj Chelia).

(3) Quezel & Santa: Nouvelle flore de l’Algerie, 1962, page 318

(4) M’hamsadji, N., « Usages et rites alimentaire d’Algérie »,  Annales de l’institut d’études orientales, Alger, 1956, page 268.

(5) Doutté & Gautier: Enquête sur la dispersion de la langue berbère en Algérie, 1913, pp. 14-15


Edited 4 times by awras Nov 17 10 4:54 PM.