Ighzer Abdi  (suite)


Il est temps de marquer une pause, ici aussi, afin de découvrir un autre aspect de cette région, plus précisément: un échantillon de sa flore.

L'exploration de la flore algérienne a débuté en 1620 quand le botaniste anglais John Tradescant, faisant partie d'une expédition maritime dirigée contre les pirates de la régence d’Alger, a herborisé les côtes du pays.

Celle des Aurès est très récente. Elle a été "inaugurée" par le botaniste Ernest Cosson en 1853. Ce dernier a réalisé ses recherches dans diverses régions, notamment en Ighzer n Abdi, à Batna, Chelia, Ain Yagout, Dj. Tougourt, Belezma, etc.

Même si plusieurs espèces végétales ont été découvertes depuis cette date et signalées dans les diverses revues spécialisées, l’étude de M. Cosson demeure à présent une référence absolue pour la région.   (Note : Il existe une brochure, de 26 pages,  publiée par  la Société botanique de France et intitulée : Liste des plantes observées aux environs de Biskra et dans l'Aurès. Cependant l’aire géographique explorée par cette étude est très limitée) 

De toute façon ce thème de la "flore auresienne" sera développé sous peu, dans un message distinct, dont lequel on compilera :

I) Études botaniques

        Cosson : Voyage botanique  (Aurès)

        Trabut : Herborisation dans le massif de l’Aurès

        Arbost : Herborisation aux environs de Batna, Lambèse & Dj Tougour

        Trabut : Herborisation à Ain Mlila

        Reboud : Végétation de l’Oued  El-Arab & du Dj. Chechar

        Etc 

II) Études connexes

1-      Plantes médicinales et toxiques :

-         Plantes  citées dans le livre de la médecine traditionnelle auresienne de M. W.Hilton-Simpson : Arab Medicine and Surgery

-         Plantes mentionnées dans l’étude du Dr  Jean Clastrier (un séjour de 14 mois dans l’Ighzer Amellal, à Ghoufi, fut couronné par une thèse et une étude sur la société aurésienne, de 108 pages, publiée in Archives de l'institut Pasteur d'Algérie

-         Plantes signalées par le Dr R. Ferry dans son article sur les Aurès « Pratiques médicales des empiriques »

-         Autres sources : les guides des plantes médicinales de l’Afrique du nord ( plusieurs plantes portent les mêmes noms qu’en tamazight des Aurès  Eg le livre d Ibn El-Beïthar, daté du 13e siècle, contient un certain nombre de  noms identiques à la tcawit d’aujourd’hui.- disponible en ligne)  

2-      Plantes sauvages comestibles : plusieurs études sur ces végétaux ont été  publiées dans les Archives de l'institut Pasteur. Les auteurs comme Brunet, Gobert et Bouquet donnent, en plus de leur valeur nutritive et leur préparation, les noms vernaculaires arabes, berbères et français. Certes, ces travaux ne sont pas spécifiques à la région auresiennes, mais ce sont les mêmes plantes que nos aïeux consommèrent en période de disette, à savoir : talghuda / aktir; tagernint, ghardus,  lebsel n wuccen, timerzuga, terfas, etc.  

3-      Les noms de la flore auresienne en tcawit 

-         l’article de Mercier : nom des plantes en chaouia

-         les  pages 25 et 26 du livre  « تاريخ الأوراس »

-         la liste des noms en chawi de l’article de Reboud

-         diverses sources : dictionnaire du Père G. Huyghe, celui de Ounissi, les articles de Masqueray, etc.

Bref, tout ça est pour une autre fois, mais  pour le moment voici un extrait  concernant l’Ighzer n Abdi :

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Voyage botanique en Algérie : région montagneuse de l’Aurès

1-Description de Menaa

La ville de Menaa , située à environ 900 mètres d'altitude, est construite sur une colline, dans une vallée assez large, vers le confluent de l'Oued Bouzina et de l'Oued Abdi, dont les eaux en arrosent les cultures et les jardins. Ce centre de population est le plus important de ceux que nous ayons visités dans notre voyage de l'Aurès. On y retrouve encore quelques ruines romaines. Une mosquée est construite dans la partie inférieure du village, près de la maison du caïd. Une vaste salle, qui avait servi de refuge au bey de Constantine après la prise de cette ville par les Français, nous est assignée pour notre campement ; mais des légions de puces nous forcent bientôt à déloger, et à installer notre tente sur la terrasse même de la maison.

L'étendue de la vallée, l'abondance des eaux, ont permis à l'industrie des habitants de créer d'importantes cultures et des jardins où le Dattier, qui ne mûrit plus qu'imparfaitement ses fruits, n'apparaît que çà et là comme une réminiscence des oasis que nous venons de quitter. Les jardins et les vergers, groupés sous forme d'oasis, s'étendent jusqu'à l'entrée du ravin creusé parles eaux abondantes et douces de l'Oued Bouzina. De même qu'à Branis et à Djemora, des saguia sont creusées à une grande hauteur sur les parois abruptes des rochers qui encaissent le ravin.

La partie de la vallée, qui n'est pas occupée par les jardins et les vergers, présente des champs entourés de murs en pierres sèches, où sont semés  le Blé et l'Orge. A l'époque de notre passage (4 juin), les indigènes étaient tous occupés de la moisson qui commençait. Le Blé était récolté avec la paille entière, au lieu d'être coupé seulement au-dessous de l'épi comme dans la plaine  saharienne d'El-Outaïa. Dans le même champ se trouvaient souvent réunies les variétés barbues du Blé dur et du Blé tendre,  avec quelques-unes des variétés de nos Blés d'Europe qui y étaient beaucoup moins abondantes.

Dans les vergers se retrouvent l'Abricotier, le Figuier, le Grenadier et la Vigne; le Noyer y est plus rare. Parmi les cultures des jardins, nous devons noter les Fèves, la Garance qui y est cultivée avec assez d'intelligence, et la Tomate qui n'y est plantée que plus rarement. La présence du Cynara Cardunculus dénote partout la profondeur du sol. Le Laurier-Rose et une forme à larges feuilles du Salix pedicellata croissent eu abondance aux bords des eaux.

2 -Liste des plantes observées aux environs de Ménaa (à suivre)


Edited 1 time by awras Feb 13 10 4:15 PM.