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Posts: 336
Jun 3 08 3:01 PM
awras wrote:
Évidement il ne s'agit là que d'une description sommaire de nos fêtes saisonnières, qui d'ailleurs sont encore célébrées aujourd'hui même en Ighzer n Abdi, Ighzer azeggwagh et en Ighzer amellal. Puisque cette description date de1876, alors il devient presque impératif de recourir à une étude comparative afin de déceler, le cas échéant, les changements ou l'évolution de ces fêtes à travers le temps, durant plus d'un siècle. Pour le faire, vous pouvez écouter / visionner les vidéos postées récemment sur Dailymotion ...
Enfin, l'article est suivi de quelques remarques sur les termes amazighs /chawis intégrés au texte.
Bonne lecture
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Les fêtes célébrées dans le massif auréssien apportent un répit, une détente et une trêve salutaires dans la vie quotidienne ô combien dure, invivable dans cet environnement orographique hostile où l'homme doit être en permanence en mouvement pour survivre. Ce sont d'abord les fêtes saisonnières à caractère strictement agraire, qui sont commémorées à diverses époques de l'année solaire. Elles sont célébrées régulièrement dans toutes les régions du massif ; mais elles revêtent un cachet spécifique, une autre dimension et un faste aussi original que particulier dans l'oued Labied (IghzerAmallal, ndlr) et l'oued Abdi (Ighzer n Abdi) . L'Auréssienne en est l'animatrice, comme elle est et reste le pôle d'attraction autour duquel gravite toute la cellule familiale. Les fêtes, dans leur ordre chronologique se présentent ainsi :
1) Boû Ini qui est lié à Iennâr (Yennar), dont il est en réalité les prémices. Ce sont ensuite les fêtes célébrées d'après le calendrier lunaire, introduit après l'invasion arabe et l'islamisation, qui, dans les Aurès, voisine avec le calendrier julien (en retard de treize jours sur le calendrier grégorien). Boû Ini est connu dans tout l'Aurès, mais il n'est pas célébré en tous lieux à la même époque : on le fête sept jours avant Ienâr à Menaâ, dans diverses dechras de l'Oued Abdi (ighzer n abdi), particulièrement à Teniet El-Abed et chez les Ouled Daoud, dans l'oued Labied (ighzer amellal) ; chez les Bénibouslimans, à Tagoust, à Amentane, il se confond avec Iennâr, fête à laquelle les pratiques qu'il exige se trouvent reportées. L'Auréssienne, dont la vie se déroule en grande partie autour du foyer, et qui est en contact avec l'âtre par nombre de ses activités, est toute désignée pour le réaménager et le refaire. C'est donc elle qui doit accomplir le rituel immuable de Boû Ini, et pour cela, reconstruire l'âtre et bien sûr changer l'une des pierres du kanoun- ilmes, ndlr- (foyer de la demeure familiale). Dans la plupart des dechras, et particulièrement à Theniet El-Abed, Taghit Si Belkheir, Amentane, ce sont les femmes qui se chargent des matériaux nécessaires ; à Menaâ, au contraire, elles ont l'habitude de descendre en groupe dans l'oued afin d'y choisir les meilleures pierres blanches et se rendre sur un petit mamelon situé non loin de la petite agglomération pour y prendre de l'argile. Rentrée chez elle, chacune démolit méticuleusement son foyer, enlève la vieille terre, fait un mortier avec la terre glaise rapportée, façonne l'emplacement du foyer et réinstalle celui-ci à l'aide de deux des anciennes pierres et de la nouvelle rapportée de l'oued. Chez les Bénibousliman, les femmes ne construisent pas toujours le foyer, elles se contentent bien souvent de répandre un peu de terre sur l'emplacement où se trouvent les pierres. 2) Le premier jour de Iennâr (mois de janvier du calendrier julien) est célébré dans tout le massif auréssien, ainsi du reste qu'aux alentours immédiats, notamment à Kaïs, Khenchela, Zoui, Tazought et même à Tébessa, aux confins des Nememchas.
La fête commence en général la veille, jour de mezlegh, par le sacrifice d'une bête que l'homme égorge, mais qui doit être conservée intact jusqu'au lendemain, car il ne faut pas manger de la viande ce jour-là ; les Bénibouslimans, eux, s'abstiennent également de consommer des dattes.
Mezlegh est un jour de recueillement, considéré comme funeste à toute entreprise : un voyage ou un mariage, par exemple. Le jour de mezlegh, l'Auréssienne prépare de ircherchem - irechmen, ndlr- (du blé bouilli) qu'elle répand sur les arbres du verger.
Le premier jour de l'année est considéré comme particulièrement propice à toute entreprise. La femme étant en quelque sorte la fée du foyer, c'est à elle que revient la charge d'accomplir les rituels imposés par Iennâr, c'est-à-dire la mission de débarrasser la demeure familiale de toutes les mauvaises traces de l'année qui se termine et d'achever la reconstruction du kanou / ilmes(âtre), commencé pour Boû Ini. Elle doit donc assurer le nettoyage méticuleux du logis, enlever toutes impuretés ; à Tagoust, elle doit même changer les cordes en alfa dans toute la maison. Dans les dechras qui célèbrent Boû Ini, la femme change pour Iennâr les deux pierres qui ne l'ont pas encore été ; en certains endroits, à Chir, dans l'oued Abdi (Ighzer n Abdi), par exemple, la femme ne remplace pas la terre du foyer mais substitue simplement trois nouvelles pierres. Iennâr, jour propice aux miracles, est également favorable aux présages. La femme, quand elle se rend au fond de la vallée pour prendre les pierres pour le nouveau kanoun / ilmess/ ilmes examine l'emplacement sur lequel elles se trouvent et en tire divers augures. Y voit-elle un ver blanc ? Un beau bébé lui naîtra. Une herbe verte ? La récolte sera abondante. Des fourmis ? Son troupeau augmentera, etc. Dans les dechras qui ne fêtent pas mezlegh, l'homme est tenu, le matin de Lennâr, de sacrifier une bête, car pour ce jour sacré, tout le monde doit manger de la viande.(à commenter prochainement : le choix de l'animal, sa représentation chez les anciens amazighs et après l'avènement de l'islam- chez les amazighs d'aujourd'hui, ndlr)
ès que le nouveau kanoun est installé, l'Auréssienne prépare des todfist (beignets), comme pour Boû Ini. Toute la famille réunit alors autour du plat préparé, que l'on mange en trempant les beignets dans du miel et du beurre fondu. Pendant les huit jours qui suivent, la femme ne fait que le travail obligatoire et strictement nécessaire. 3) Lors de Lilt R'bia ou Tifesouîn (la fête du printemps qui a lieu à la mi-février du calendrier julien), l'est la célébration du renouveau ; comme aux époques et dans les régions les plus diverses, cette fête, célébrée à travers tout le massif, est particulièrement brillante et animée dans l'oued Abdi(Ighzer n abdi) Les cérémonies commencent dans la nuit du 14 au 15 février ; à partir de minuit et jusqu'à l'aube, des groupes de familles se forment et quittent la dechra. Les femmes, vêtues de leurs plus beaux atours, sont les plus gaies, les plus bruyantes et les plus présentes. Ces fêtes saisonnières ont été depuis la nuit des temps célébrées, et le sont toujours à travers tout le massif auréssien et demeurent une partie importante de la culture populaire et de la mémoire collective de ces populations, qu'aucun envahisseur n'a réussi à assimiler… Chenouf Ahmed Boudi
Source: http://www.lesdebats.com/archives05/rubriques24-30-08-5/histoire.htm
Notes relatives à l'Amawal :
Bou Ini / Bu yini - provient de : niy/ inyan / iniyen = les pierres de foyer
Ilmes : il/in (lieu de, endroit) + times ( feu )
Tuḍfist (à lire- Toḍfiṣt ) : l'auteur a traduit ce vocable par "beignets ". Cependant, dans plusieurs régions auresiennes ce terme est synonyme de "crêpes" . Quant au mot "beignets " il se rend par " sfenj".
Notez que l'auteur JEMMA-GOUZON Danièle nous a fait connaître un autre terme relatif à une variété de ce mets, soit : talalit. En effet l'auteur a écrit « …par un repas copieux autour duquel toute la famille se réunit. Il est composé de crêpes épaisses trempées dans du beurre et du miel (talalit), .. »
(Réf. Voir le lien- http://mondeberbere.yuku.com/topic/1118 )
Tifeswin : ( Lors de Lilt R'bia ou Tifesouîn...) l'auteur a transcrit correctement ce mot , car "la fête du printemps" se rend en chawi par le pluriel " tifeswin" ( ce fut le cas , du moins, pour les anciens amazighs. Pour nos aïeux:: le pluriel tifeswin = fête du printemps/ le printemps; le singulier tafsut = femme épanouie, épanouissement, etc.)
Cependant, il faut remarquer que ce n'est pas tout à fait le cas pour les amazighs d'aujourd'hui, car cette dernière définition a évolué en symbiose mais tout en englobant la première. Le résultat de cette évolution linguistique se reflète, aujourd'hui, dans l'utilisation fréquente du singulier au détriment du pluriel. À titre d'exemple, on dit "tafsut n imazighen / le printemps berbère" au lieu de: tifeswin n imazighen
Enfin, l'écrivain auresien M. Messaoud Nedjahi a aussi signalé cette caractéristique du vocable "tafsut/tifeswin" ( Voir son livre: Autopsie d'une identité, Page 279)
Mezlegh : provient-il de - ezleg, mezleg, amezlagu, tazlallagt/tazlalligt point de retour, rond point, rond, tour, etc.? (à voir prochainement la représentation du temps chez les anciens amazighs)
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