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Aug 4 07 7:22 PM
Amezruy n Ighzer Abdi L'OUAD ABDI -Ighzer n Abdi (Suite) Par : E. MASQUERAY In : Bulletin de Correspondance africaine, 1883 Généalogie des Ayt Abdi - traditions et l'analyse de Masqueray
Les Aoulâd 'Azzouz sont moins un groupe homogène qu'un ramassis de fugitifs des Beni bou Slimane et des Touaba auxquels des Aoulâd 'Abdi sont venus se joindre.
Les Aouadça et les Aoulâd Moumen, excepté peut-être les Aoulâd Rabah (chez les Aoulâd Moumen) qui seraient simplement une fraction des Sellaoua, se disent originaires du Maroc, et particulièrement de la Saguiet el Hamra. Ils affectent une sorte de noblesse maraboutique : car ils prétendent par là descendre des missionnaires fameux qui se formèrent à la vie ascétique dans la vallée de ce « fleuve rouge » tributaire de l'Atlantique, puis se répandirent dans l'est pour ranimer la foi dans les tribus désorganisées et faire équilibre aux conquêtes espagnoles, vers le seizième siècle. Que cette assertion, très fréquente dans l'Afrique septentrionale pour mériter toujours créance, puisse être justifiée ou doive être rejetée sans autre examen, il n'en reste pas moins que les Aouadça et les Aoulâd Moumen déclarent qu'ils ne sont pas établis dans l'Aourâs depuis une époque très reculée.
Les habitants de Bou Zina et de Tagoust, dans l'Ouâd Ahmar, tiennent à peu près le même langage.
Au contraire, les Aoulâd 'Abdi, les gens de Menâa et les gens de Nara, bien que séparés et même ennemis les uns des autres, affirment qu'ils descendent des colons romains de l'Aourâs. Ils se disent issus du roumi Bourk ou Bourχi, et toutes les tribus environnantes, s'accordent à les qualifier de Roumania; quelques-uns d'entre eux ayant émigré à Sidi Oqba d'un ancien village appelé Sôq, entre Menâa et Chir, y sont toujours désignés par ce surnom.
La distinction que nous avons dû faire entre eux conformément aux traditions historiques les plus récentes, et en raison de certaines différences de moeurs et de constitution politique, se trouve ainsi, bien atténuée, et disparaît presque, en face, de cette unité d'origine si tranchante ; mais, quelque nette et constante que soit une telle assertion, est-elle recevable en réalité?
Pouvons-nous admettre que des colons romains portent, aujourd'hui le burnous, professent l'islamisme, et parlent un dialecte berber?
- Je n'hésite pas à le croire, parce que ce fait est conforme à ce que nous savons de la lente décadence de l'Empire romain submergé par la barbarie, et parce que, dans plusieurs autres parties non seulement de l'Aourâs, mais de la grande ou de la petite Kabylie, et môme sur les hauts plateaux de nos trois provinces, un grand nombre de fractions indigènes se disent pareillement d'origine romaine. Je crois même pouvoir évaluer ces groupes, dans le seul rectangle compris entre Negrin, Tébessa, Batna et Biskra, au quart de la population totale.
- Cependant je ne pense pas que, dans l'Ouâd 'Abdi, on puisse reconnaître le sang romain à quelque signe extérieur, tant il s'est mêlé de sang étranger, non seulement pendant ces derniers siècles, mais même pendant l'antiquité.
- Je ne partage pas d'avantage l'opinion des indigènes qui veulent que les familles blondes soient particulièrement Roumania. On rencontre en effet dans tous les villages de l'Abdi des blonds aux yeux bleus ; ils prédominent à Nara. Quand j'y arrivai le matin, à l'heure où les femmes revenaient de la fontaine, et où les enfants laissés libres jouaient sur le chemin, je me trouvai pendant quelques instants dans un village du Nord. Les femmes surtout, vêtues de bleu, la tête entourée d'ornements, d'argent et de corail, blondes de toute nuance, depuis le cendré jusqu'au fauve, d'une blancheur de teint surprenante, me semblaient être des Européennes subitement condamnées à porter des outres pleines d'eau dans ce monde barbare. Mon illusion, s'accrut encore lorsqu'elles échangèrent quelques paroles dans leur dialecte aux sons mouillés, si abondant en j, en ié, en χé, qu'on croirait entendre une langue germanique. (Voir la toute première étude française faite sur les blonds de la région par M. Guyon en 1845, le docteur qui accompagna le lieutenant général Bedeau lors de son expédition dans la même région, ndlr)
Mais qu'en conclure ?
Les colons méditerranéens, qui se sont fixés dans l'Aourâs au second et troisième siècle, étaient des bruns: des Italiens, des Espagnols; tout au plus s'y mêlait-il un vétéran d'au-delà des Alpes. Le texte de Procope par lequel nous savons qu'un noyau de population blonde vivait dans l'Ouest au sixième siècle séparé par un très long désert du territoire du roi maure Orthaïas, n'a pas trait à l'Aourâs, et le prix que Procope semble attacher à ce renseignement prouve d'ailleurs que ces blonds n'avaient rien de commun avec les Romains. Si nos indigènes appellent de préférence Roumania les blonds auxquels ils sont mêlés, c'est uniquement parce qu'ils ressemblent à quelques-uns d'entre nous. Ils nous regardent comme les descendants et les héritiers des Romains; cela suffit pour que tout Chaouï blond et blanc de teint soit certainement un Roumani.
Source: op. cit., pp. 331-333 ----- Note : des commentaires sur l'histoire & la généalogie de ces tribus ainsi que sur les termes Romania & Barbaria (vocables utilisés par Masqueray) seront postés prochainement.
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