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Jun 15 07 7:58 PM
Études berbères à Barika (suite) Merci Mazgug pour votre intervention. Effectivement les facteurs économiques font partie intégrante des causes principales de la disparition ou du recul de la tamazight face à la langue arabe. Par son administration la France coloniale avait développé tous ses centres économiques loin des agglomérations et régions amazighophones, ce qui poussa plusieurs à s'expatrier pour gagner leur vie.
Pour faire le lien entre la disparition de la tamazight et les phénomènes économiques, je paraphrase ce que j'avais déjà lu en disant « le grand courant économique algérien est marqué sur les cartes par la ligne de chemin de fer, allant de l'est à l'ouest, et c'est à son voisinage que la tamazight s'effondra de toute part »
Ceci dit, revenons maintenant aux « Études berbères à Barika ». La deuxième partie de l'article de Michel Plault est purement linguistique, elle est consacrée au vocabulaire bovin de la région. Je tenterai de la résumer ou de la poster intégralement prochainement.
Pour aujourd'hui j'aimerais compléter la première partie de l'article, soit les causes du recul de la langue tamazight / la tcawit, par un extrait de l'enquête de Doutté et Gautier relativement à la même région. Notez bien que l'enquête attribue aussi l'infiltration de l'arabe et sa progression au détriment de tcawit à des facteurs économiques et administratifs.
L'extrait provient du rapport -livre : Enquête sur la dispersion de la langue berbère en Algérie, 1913, pp. 18-20
Bonne lecture ------------
COMMUNE MIXTE DE BARIKA.
1- DOUAR GOSBATE.
À l'exception des « natifs » en résidence sur la périphérie du douar limitrophe des populations parlant arabe, les habitants de ce douar, entre eux, mais surtout en famille, emploient encore le langage « chaouia ».
Malgré ces constatations il est parfaitement établi que la langue arabe a fait des progrès très rapides dans cette section de commune et que la plus grande partie des habitant qui en sont sortis pour aller travailler au dehors, qui ont voyagé, comprennent et parlent cette langue. Ils en usent même entre eux, ainsi que nous l'avons constaté au cours de nos tournées, lors des discussions se produisant devant nous, soit au cours des informations criminelles. Il y a une vingtaine d'années au cours de ces informations, un interprète connaissant le chaouia était presque indispensable, aujourd'hui l'emploi de cet agent est exceptionnel et l'instruction se poursuit à l'aide de la langue arabe.
Les progrès de cette dernière langue, que nous constatons, sont dus à l'occupation française :
Avant cette occupation, la sécurité des voies de communication n'existait pas, les habitants du douar Gosbate comme ceux des autres douars désignés plus haut, essentiellement sédentaires, paysans laborieux attachés au sol, ne sortaient que très rarement de chez eux. Ils ne voyageaient qu'exceptionnellement et en groupes pour aller sur les marchés voisins. Le contact avec, les populations arabes était rare. Aujourd'hui la situation n'est plus la même. Depuis 1844, époque de la prise de possession du pays par les troupes françaises, la région n'est plus troublée, les routes sont sûres, les moyens de communication plus rapides, les transactions entre Arabes et Chaouia plus fréquentes et suivies.
Le Berbère sédentaire qui ne sortait que très rarement de son douar, n'hésite plus à en sortir, à voyager, à s'expatrier même pour un certain temps. Dans ces conditions, il apprend rapidement la langue arabe, dont il se sert le cas échéant en rentrant chez lui.
Aujourd'hui, à l'exception de la femme confinée dans son gourbi, de quelques jeunes bergers et vieillards, qui n'ont pas dépassé les limites de leur mechta, la plus grande partie des gens de Gosbate parlent, connaissent l'arabe et n'hésitent pas à s'en servir à la première occasion.
Ajoutez à ces différentes raisons que les interprètes des Tribunaux judiciaires des communes mixtes, des hommes d'affaires, ne connaissent pas le chaouia, d'où l'obligation pour les Berbères de connaître la langue arabe, dont ils prennent l'habitude de se servir même chez eux.
2- DOUAR OULED-SI-SLIMANE
Mêmes observations que pour le douar Gosbate. Bien que cette section commune soit entourée de tous les côtés par des douars dont les habitants sont d'origine berbère, et ne confine sur aucun point à des territoires arabes, la presque totalité des habitants, a l'exception des femmes et des vieillards, comprennent et parlent l'arabe.
Ils se servent de cette langue, dans leurs transactions avec les étrangers et dans leurs relations officielles, soit avec l'Administrateur, soit avec la justice. Les membres de la Djemaa ne parlent que l'arabe, au cours de leurs dé1ibérations. Dans les conversations, nous relevons quelques termes chaouia, mais en petit nombre. Dans ce douar, la langue chaouia aura disparu dans 50 ans.( cette dernière prédiction s'est avérée complètement fausse, et les constations de cet Administrateur sont aussi en contradiction avec l'étude de M. Plault, ndlr)
3- DOUAR SEFIANE.
Comme dans le douar N'Gaous, celui de Sefiane, qui faisait partie de l'ancienne tribu des Ouled-Soltan, formait deux douars qui ont été réunis en un seul, depuis quelques années.
Le premier comprenait les fractions Rouaged et Ouled-Zerina, dont les habitants étaient d'origine berbère et où le chaouia est encore en usage dans les familles et dans les conversations entre les membres de ces fractions. Le deuxième douar comprenait les Ouled-Louifi, originaires de la tribu arabe des Lakhidar Halfaouïa. Dans cette dernière fraction, seule la langue arabe est parlée.
Comme nous l'avons dit précédemment pour les autres douars, la langue chaouïa décroît rapidement, tandis que l'arabe fait des progrès très marqués. Dans presque la totalité des deux fractions d'origine berbère, les « natifs » parlent assez couramment l'arabe et s'en servent dans leurs conversations entre eux. Les membres de la Djemaâ l'emploient également lors des discussions.( habituellement, et à ma connaissance, les discussions entre les membres de la Djemaa se déroulent en tcawit . Cependant le taleb, le clerc, transcrit leur délibération en arabe. Du moins c'est ce qui se passe dans plusieurs régions auresiennes. ndlr)
Il résulte donc de ce qui précède, que la langue berbère est en décadence partout et que l'arabe fait de très rapide progrès.
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