ÉTUDES BERBÈRES :
La langue berbère dans la commune mixte de Barika
(suite)
Par : M. PLAULT
In : Revue africaine, 194é, p. 194-207

À quelles causes attribuer cette désaffection partielle et, au demeurant sans conséquence, du berbère chez les hommes ?

À l’action de l’administration française?
Il est vrai que le personnel, caïd, khodja, le plus souvent, n'est pas originaire du douar.
J’ai vu un garde-champêtre rassembler avec pêne les gens de Tifrent qui ne voulaient pas le comprendre ; aux bureaux de la Commune, dans les délibérations de djemaas, les affaires se traitent en arabe (veut-il dire en tcawit[????, ndlr). Quant aux écrivains publics, ils rédigent plaintes et réclamations en français.


L’école ?
Dans les écoles de l’État, l’enseignement se donne en français, mais cela n'a de valeur que pour le centre de N’gaous et une mechta de Gosbat. Tolbas et chioukh s'exprime en arabe.

Les mariages mixtes ont une certaine influence car nombreuses sont les femmes chaouias qui épousent des Arabes et quittent la contrée; les enfants apprennent alors la langue du père. Mais d'un autre côté un Berbère épouse rarement une Arabe.

Après plusieurs questions, le wakaff de Tirfain m'a alors dit :
« J’aime parler arabe car je peux être compris partout où je vais ».
Installés aux frontières de leur groupe linguistique, poussés par la sécurité des chemins à voyager et à fréquenter les marchés, les Berbères de Barika - comme beaucoup d'autres, du reste - ont dû composer.

Mais le fait de conserver le chaouia dans la famille, de lui laisser le rang de langue maternelle maintient ses positions contre le grignotage journalier de lÂ’arabe.
Dans leur « Enquête sur la dispersion de la langue berbère en A1gérie », parue en 19 13, Doutté et Gautier signalaient que « le recul du berbère est indéniable mais très lent ».

Ni à la Commune mixte, ni aux Archives départementales, ni à la Bibliothèque du Gouvernement Général, je n'ai pu retrouver la réponse complète de l’Administrateur de Barika au questionnaire de Doutté et Gautier ; « dans le douar Ouled Si Sliman, la langue chaouia aura disparu dans cinquante ans » , y était-il dit. ( voir note, ndlr)

Il n'en a rien été, le berbère ne s'étant effacé devant l’arabe que dans les relations extérieures.

(À suivre)

Note : La majorité des prévisions des Administrateurs, lors de l’enquête de Doutté et Gautier, sont avérées fausses. À titre d'exemple des prévisions semblables ont été émises pour la langue tcawit dans la région de Souk Ahras, cependant et dieu merci elle est encore vivante aujourd'hui même en 2007. Je tenterai de poster les parties relatives aux régions chawias prochainement.