ÉTUDES BERBÈRES :
La langue berbère dans la commune mixte de Barika
(suite)
Par : M. PLAULT
In : Revue africaine, 194é, p. 194-207


Ailleurs, l’arabe s'est infiltré et a conquis des mechtas entières : au moment des travaux du Senatus-Consulte, la fraction Sefian était encore mixte ; depuis 1906, dans N’gaous et Ouled Si Sliman, 4.ooo habitants, peut-être, ont abandonné le chaouia.
Par contre dans ce dernier douar, certains groupes originaires d’Ouled Jellal ont cessé tous rapports avec les membres de la tribu restés au pays.

L'avancée arabe est particulièrement sensible au Nord du G.C. 35 de N’gaous à MacMahon (Titt n tkilsa), aux abords de la route Barika-Sétif et sur les deux rives de l’oued Barika que remonte la piste du Sahara au Tell par Corneille (Tamerwant) et Ain Mlila.
Dans N'gaous, le terrain est occupé par les Beni-Ifren et dans Ouled Si Sliman par la famille maraboutique des Ouled Sidi Lahcen (fraction Lemenakh) ; les nomades n'y possèdent aucun droit d'usage et de campement.

En règle générale, les hommes, emploient au dehors l'arabe avec l’accent chaouia et, à la maison, le chaouia.

Les vieillards, les femmes, les enfants ignorent pratiquement celui-là : à l’audience de la Justice de Paix se présentent quelquefois des femmes dont l’interprète officiel ne peut tirer aucun mot et qui pleurent sous les rires de la salle. Pour les gens de la plaine, en effet, les montagnards sont un peu des retardataires, des arriérés, des lourdauds. (Uniquement parce qu’ils ne parlent pas l’arabe alors ils sont arriérés!!!. Peut-on renverser ce pseudo-logique en disant: par ce qu’ils ne parlent pas le chaouia, le français ou le russe alors ils sont arriérés? Quel faux raisonnement de nos concitoyens d’antan! ndlr) .

II n'y a pas mépris proprement dit mais ironie. J’ai cependant rencontré certains notables fiers de leur langue car, selon l’expression de l’un d'eux :
« Chaque oiseau a son ramage. »
Cette langue, ils l’appellent eux-mêmes « chaouia ».

À quelles causes attribuer cette désaffection partielle et, au demeurant sans conséquence, du berbère chez les hommes ?

À l’action de l’administration française?

Il est vrai que le personnel, caïd, khodja, le plus souvent, n'est pas originaire du douar…..

(à suivre)